• Les heures sombres du camp de Drancy

    Le camp d'internement de Drancy ou camp de Drancy fut  LA plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France d'août 1941 à août 1944.

    Voici un article de Retronews qui atteste que les Français n’ignoraient rien des horreurs pratiquées dans ces camps ; alors que l’on arrête d’apprendre à nos collégiens que les « persécutés » des camps ont été découverts à la Libération !

    Pendant longtemps, je me suis demandée pourquoi les « rescapés » n’en parlaient pas… et puis j’ai compris : comment parler de l’inexplicable… de l’inconcevable.. ?

    *

    Entre 1941 et 1944, le camp d'internement, surnommé l'« antichambre de la mort », a vu passer des milliers de détenus en attente de déportation vers les camps d'extermination. La presse française n'y trouve rien à redire.

    D'août 1941 à août 1944, le camp de Drancy a été le principal lieu d'internement avant déportation vers les camps d'extermination nazis, en particulier Auschwitz. Neuf juifs déportés de France sur dix sont passés par le camp de Drancy lors de la Shoah.

    Le camp apparaît dans la presse française fin 1939, lorsqu'il est installé au cœur de la cité de la Muette, un quartier d'habitation de Drancy. Deux ans plus tard, plusieurs milliers de prisonniers y sont détenus. En septembre 1941, Le Petit Parisien rapporte : 

    « Ces constructions composent aujourd'hui un camp de concentration pour les Juifs de la capitale et de la région parisienne. [...]
    Ces 4 500 hommes travaillent-ils ? Non. On ne leur demande rien. Quelques-uns seulement sont occupés aux cuisines. 17 médecins juifs et internés soignent les malades et sont répartis dans les bâtiments. [...]
    Leur âge ? De dix-huit à soixante-dix ans. Leur alimentation ? Par jour 360 grammes de légumes frais, 275 grammes de pain, 10 grammes de matières grasses et 90 grammes de viande par semaine. À midi, un peu de fromage ou des fruits en plus
    . »

    Nulle part sa légitimité n'est remise en question. 

    Et quand les journaux dénoncent le « scandale du camp de Drancy », c'est pour évoquer de marginaux cas de corruption ou de marché noir, comme Paris-Soir en novembre 1941 : 

    « Faisant fonction de juge militaire, M. Jadin, juge d'instruction, a inculpé de violation de consigne trois gendarmes, coupables d'avoir fait le trafic de lettres et de paquets avec les internés et de leur avoir vendu des marchandises à des prix défiant toute concurrence (125 francs la cigarette !). »

    Un entrefilet fait parfois mention ça et là d'une tentative d'évasion, comme dans Le Matin, qui relate froidement en avril 1942 : 

    « Évadé du camp de Drancy un Juif est repris à Paris. Le Juif Max Mayer-Waijbort, surnommé Carotte, s'était évadé du camp de Drancy le 3 septembre dernier, et avait réussi à se rendre à Marseille, puis en Bretagne où il réussit, à force d'intrigues, à se faire délivrer une carte d'identité française au nom de Jean Cantel.
    De retour à Paris, alors qu'il s'apprêtait à fêter la Pâque juive par un copieux repas, il fut arrêté par la police des questions juives. Max Mayer-Waijbort va regagner Drancy.
    »

    La presse, sous contrôle allemand, multiplie les saillies antisémites. En 1943, l'hebdomadaire collaborationniste Je suis partout dans un paragraphe ignoblement intitulé « Les Juifs entre eux », écrit avec un cynisme absolu : 

    « À la suite de scandales répétés, on vient, parait-il, de renforcer sérieusement la surveillance des Juifs internés au camp de Drancy. Ce qui, d’ailleurs, n’empêche pas qu’à l'intérieur même du camp les fils d’Israël ont organisé leur petit marché noir personnel. Ceci dans des conditions particulièrement odieuses, car l'appât du lucre est si fort que les prisonniers se montrent impitoyables les uns pour les autres. Passons sur le paquet de Gauloises à 600 francs et sur ies cigarettes détaillées à 20 francs la bouffée...
    Le plus répugnant, c’est le marché noir des... W.C. !!! Et il faut bien convenir que seuls des Juifs pouvaient imaginer pareil trafic : chaque matin, à l’ouverture des baraques, des gaillards agiles et résolus se ruent vers les lieux d’aisance, les occupent et ne cèdent leurs places que moyennant finance et après de sordides marchandages...
    »

    Et-il utile de rappeler que le journal « je suis partout » est « Anticommuniste, profasciste, antisémite et positivement favorable à Hitler, Je suis partout est le journal d’extrême-droite le plus violent jamais publié en France. Si violent que son directeur Arthème Fayard, fondateur des éditions Fayard, décide dès mai 1936 de cesser sa parution. À sa mort en novembre 1936, le journal est toutefois relancé par son fils et Pierre Gaxotte, futur membre de l’Académie Française ». (Retronews)

    À l'issue de la guerre, le camp sera utilisé pour l'épuration. Plusieurs gendarmes en charge de l'administration du camp seront condamnés – à de très courtes peines, toutefois.

    Sur les quelque 67 000 hommes, femmes et enfants internés à Drancy entre 1941 et 1944, seuls 2 000 reviendront vivants.

    *

    Pour en savoir plus :

    Les enfants du silence

    Hebdomadaire Je suis partout

    « Je suis partout », hebdomadaire antisémite et collaborationniste

    Etude de cas : le camp de Drancy (1941-1944)

    Le camp de Drancy (AJPN)

    Les heures sombres du camp de Drancy

    « Avortements criminels : les « faiseuses d’anges »La Commune et les communards »
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