• Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la CommuneCeux qui me connaissent un peu, savent mon attachement au courage des femmes ; en recevant ce matin un article de RETRONEWS, je ne pouvais pas passer à côté de cet article et le partager avec vous.

    En 1921 meurt Natalie Le Mel, figure du socialisme révolutionnaire français. La presse de gauche dresse alors le portrait de la grande militante, autrefois à l’origine du restaurant coopératif La Marmite et en première ligne devant la répression « versaillaise ». Un avant-goût des honorables Resto du Coeur de Coluche ?

    Perrine Natalie DUVAL est née à Brest le 24 août 1826. IL ne m'a pas été facile de retrouver son acte de naissance sur les AD29 car seules les tables décennales sont numérisées. Pas grave, en cherchant bien, on finit toujours par trouver !

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la CommuneElle épouse Jérôme LE MEL en 1845 et devient ouvrière relieuse de livres aux côtés de son mari  à Quimper ; en 1861, les époux sont contraints de rejoindre Paris pour chercher du travail. Le Mel boit beaucoup, trop, et la jeune femme le quitte rapidement après leur arrivée à la capitale.

    Militante socialiste, Natalie LE MEL (souvent écrit « Lemel » dans les journaux) adhère dès 1865 à l'Association Internationale des travailleurs fondée l'année précédente à Londres. Pendant les grèves des ouvriers du Livre en 1864 et 1865, elle se rapproche d'Eugène VARLIN, ouvrier relieur comme elle, militant socialiste et dirigeant de l'Internationale. Avec lui, elle fonde La Marmite, un restaurant coopératif pour « fournir au prix de revient, à tous les sociétaires, une nourriture saine et abondante à consommer sur place ou à emporter » et permettre ainsi aux ouvriers de ne pas être étranglés par les prix sur les produits de première nécessité.

    « Varlin avait proclamé, l'un des premiers, que les droits et les devoirs de la femme et de l'homme étaient égaux, et il avait tenu à ce, que les femmes participent à l'administration de ‘la marmite’. Ces ainsi que l'on retrouve le nom de Nathalie Le Mel parmi les signataires des statuts de la Société, adoptés en assemblée générale le 19 janvier 1866.

    Le Mel avait alors 42 ans environ. Elle militait ardemment, apportait dans toutes les réunions une ardeur de propagandiste, une foi juvénile dans les destinées du socialisme, qui forçaient l'admiration. Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    Charles Keller, le bon poète alsacien, qui fut membre de la première Internationale et qui fréquentait ‘la Marmite’ parle ainsi de la militante.

    On causait (à la Marmite). On chantait aussi. Le beau baryton Alphonse Delacour, nous disait du Pierre Dupont, le Chant des Ouvriers, la Locomotive, etc. La citoyenne Nathalie Le Mel ne chantait pas, elle philosophait et résolvait les grands problèmes avec une simplicité et une facilité extraordinaires. Nous l'aimions tous elle était déjà la doyenne’. »

    D'autres restaurants coopératifs sont rapidement organisés à Paris, à la suite de la réussite de La Marmite.

    « D'autres Marmites furent installées, plus tard, rue des Blancs-Manteaux, rue du Château et rue Berzélius. Le bon temps ! L'ardent apostolat !

    On travaillait dix heures par jour, heureux du gain de deux heures obtenu, en 1864, par la grève, et l'on se retrouvait, le soir, çà et là, souvent chez Varlin, 33, rue Dauphine, pour concerter les moyens d'obtenir davantage et d'entraîner dans le mouvement toute la classe ouvrière. »

    Le 18 mars 1871, lorsque la Commune est proclamée, Natalie Le Mel, 45 ans,  devient l'une des organisatrices de l'insurrection parisienne. Dès le 11 avril, elle fonde avec Élisabeth DMITRIEFF l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    « Pendant le siège de Paris, elle fit partie du Comité central de l'Union des Femmes, sans cesser de s'occuper de la Marmite de la rue Larrey.

    Le 6 mai, sous la Commune, elle rédigeait, avec Mme Dmitrieff un appel aux armes adressé aux femmes, et pendant la semaine sanglante ; elle soignait les blessés et distribuait des munitions aux insurgés. »

    « Sous la Commune, l’exaltation de son langage n’a pas connu de bornes, et on l’a entendue dans les clubs de l’église Saint-Germain l’Auxerrois, de la Trinité, de Notre-Dame de la Croix, prêcher les théories les plus subversives. De concert avec la nommée Dmitrieff, elle a rédigé le 6 mai un manifeste qui est au dossier p. 42, et qui dans les termes les plus violents, appelle aux armes les femmes de Paris.

    Enfin, lors de l’entrée des troupes régulières dans Paris, à la tête d’un bataillon d’une cinquantaine de femmes, elle a construit la barricade de la place Pigalle, et elle y a arboré le drapeau rouge.

    Vous êtes des lâches, disait-elle aux gardes nationaux... Si vous ne défendez pas les barricades, nous les défendrons’. »

    Pendant l'insurrection et surtout lors de la Semaine sanglante qui fracasse les espoirs  révolutionnaires, LE MEL est partout, dans les clubs de paroles comme sur les barricades.

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    « Nathalie Le Mel est au premier rang avec Varlin, revenu de Belgique. Elle combat par la parole, rallie les résistants à la cause, se dépense fébrilement.

    Puis, c'est la Semaine Sanglante, alors, elle paie de sa personne, sur les barricades. N'a-t-on pas proclamé l’égalité de droits et des devoirs de l’homme et de la femme ?

    Elle fait le coup de feu sur la barricade des Dames, vers la place Pigalle. »

    Elle est arrêtée par les « Versaillais » le 21 juin et passe devant le Conseil de guerre le 10 septembre 1872. Pour la plupart des commentateurs des débuts de la IIIe République, Nathalie Le Mel est en premier lieu coupable d'être une femme hors norme.

    « Mariée à un honnête ouvrier relieur, qu'elle a rendu le plus malheureux des hommes ; mère de trois enfants, parmi lesquels figure une jeune fille de seize ans, Nathalie Lemel est une forte personne de quarante-cinq ans qui, aux joies intimes du foyer, a préféré les enivrements de la tribune. »Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    Lorsque le président l'interroge sur sa participation aux combats, elle ne se dérobe pas.

    « D. Vous avez joué un rôle à la barricade de la place Pigalle ?

    R. Il y a eu environ une cinquantaine de femmes de bonne volonté qui ont construit la barricade de la place Pigalle le lendemain de l'entrée des troupes dans Paris. J'étais parmi ces femmes, c'était encore vrai ; mais je n'avais pas d'armes ; je ne suis jamais sortie de Paris pour combattre. [...]

    D. Dans quel but éleviez-vous cette barricade ?

    R. Dans un but de défense contre ceux qui assassinaient. »

    Toujours pendant les procès des communards, le journaliste du Petit Journal dresse un portrait condescendant de la militante, dans le sillage de la ligne politique du quotidien conservateur : elle n'aurait certes pas « l'étoffe d'un Mirabeau » mais, concède-t-il, « sa voix devait quelquefois impressionner l'assistance, lorsqu'elle tonnait du haut de la chaire de Saint-Germain-L’auxerrois ou de la Trinité, où se tenaient les clubs de l'insurrection ». Mais une « étrange manie s'était manifestée en elle : elle voulait envoyer toutes les femmes aux barricades ». Malgré tout, le journaliste lui concède simplicité et franchise.

    « Est-ce une personne aussi dangereuse que la représente M. le capitaine Dagon de la Conterie, commissaire de la République ?

    L'habile défenseur, Me Albert Joly, fait remarquer au conseil l'attitude franche et exempte d'affectation que sa cliente n'a cessé de garder au cours des débats. Nathalie Lemel, en effet, n'a cherché à nier aucun détail de sa participation aux entreprises de la Commune de Paris.

    Elle avoue qu'elle a encouragé et pourvu de munitions les combattants de la barricade de la place Pigalle ; qu'elle a publié un manifeste préconisant la ‘guerre à outrance contre les assassins de Versailles’, qu'elle a porté dans ses mains un drapeau rouge, et qu'au moment de la défaite, elle a tenté de s'empoisonner. »

    Et pour vous prouver que sur internet, on trouve tout... voici son arbre généalogique sur GENEASTAR :

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

    Pour en savoir plus :

    Wikipedia

    Le Maitron

    1871 : la Commune de Paris

    Au cœur de l'Histoire: La commune de Paris 140ème anniversaire (Franck Ferrand)

    La Marmite, 8 rue Larrey, Paris 6e

    La marmite, une société civile d’alimentation

    UTL du pays de Morlaix

    28 mai 1871 : le jour où le communard Eugène Varlin est fusillé par les versaillais

    Natalie Le Mel, figure ouvrière et combattante de la Commune

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